Skip to content

Interview du 21 mai 2021

Bonjour, merci d’interroger ARCOTHOVA sur ce registre France-LEVO. Je m’appelle Philippe Mauriat, je suis secrétaire général de l’association ARCOTHOVA, des anesthésistes réanimateurs de chirurgie cardiaque, thoracique et vasculaire.

Pour le registre j’ai le rôle de chef de projet, c’est-à-dire la mise en œuvre, l’organisation et le suivi des données. C’est un rôle qui occupe beaucoup, heureusement je suis retraité depuis deux ans de mon poste d’anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Pessac de Bordeaux, ce qui me rend disponible pour répondre.

Quelles sont vos missions pour ce registre ?

Dans le cadre de ce registre j’ai découvert ce nouveau rôle de chef de projet. Il a fallu mettre en place ce registre suite à la demande du laboratoire Orion Pharma qui avait été sollicité par la HAS.

Dans un premier temps il a fallu mettre en place l’organisation avec les différents partenaires. Puis nous avons communiqué auprès de tous nos centres d’anesthésie-réanimation de chirurgie cardiaque, mais aussi auprès des services de cardiologie et de certaines réanimations.

Enfin, il a fallu s’occuper de l’e-CRF (electronic case report form), de la base de données et du suivi des données des 600 patients.

Comment est encadré un tel registre sur le plan légal et réglementaire ?

Quand on entre dans la mécanique de la mise en œuvre d’un registre, on aborde des aspects plus compliqués. La première des choses est de savoir de quel niveau de recherche, impliquant ou n’impliquant pas la personne humaine, on va dépendre. C’est ce qu’on appelle définir la « méthodologie de référence ».

En l’occurrence pour un registre, après étude auprès de différents spécialistes, il s’avère que nous sommes dépendants de la méthodologie de référence MR-004. Ceci présente l’avantage de ne pas devoir soumettre notre demande à un CPP (comités de protection des personnes), et de pouvoir déposer nos demandes auprès de l’ANSM, de la CNIL et du Conseil de l’ordre. Nous avons également déposé cette demande de MR-004 auprès de l’INDS (institut national des données de santé).

Ceci est un résumé rapide, mais en pratique pour ces procédures il faut se faire aider par une société de recherche contractuelle, ce qu’on appelle une CRO (contract research organisation). Les demandes de dossiers nécessitent de multiples courriers, de multiples relances. Cette partie administrative est donc, au final, très complexe et prend des mois avant d’obtenir l’accord de toutes ces sociétés ou administrations.

C’est la partie immergée de l’iceberg, mais qui est vraiment complexe à obtenir et totalement nécessaire.

Enfin, j’oubliais de parler du dépôt de notre recherche auprès de ClinicalTrials.gov car il est essentiel d’avoir un numéro de recherche.

Pouvez-vous nous résumer les principales étapes de la mise en place du registre France-LEVO ?

La mise en œuvre de cette recherche a commencé par la demande initiale de la HAS auprès du laboratoire Orion Pharma sur l’utilisation d’un produit inotrope en vie réelle concernant la sécurité et les résultats de ce médicament.

Nous avons donc commencé par élaborer un registre avec un certain nombre de données à récupérer auprès des centres investigateurs à chaque fois qu’ils allaient inclure un patient. Nous nous sommes fait aider par une société de recherche industrielle ayant une très forte implication en France, mais également à l’international, la société Telemedicine technologies. Cette société a un logiciel, CleanWeb, que l’on peut personnaliser à la demande, c’est ce que nous avons fait et avons construit un e-CRF totalement adapté à notre registre. Cela a été une phase extrêmement intéressante avec des outils remarquables qui nous ont permis d’aller très vite et de créer un e-CRF facile à remplir, convivial, dans lequel les médecins ne vont pas perdre de temps à saisir des données.

Par ailleurs, en même temps que nous allions concevoir l’e-CRF, nous avons été aidés par une CRO, la société Axonal-Biostatem, pour remplir tous ces dossiers administratifs auprès de toutes les instances que j’ai citées précédemment.

 Enfin, une fois que nous avons eu les accords de tous les centres investigateurs, que nous avons pu signer les contrats financiers entre les DRCI et ARCOTHOVA, nous avons pu lancer les inclusions. Au final, 53 centres ont participé à ce registre.

En pratique, quelles sont les clés du succès d’un registre de ce type ?

Nous sommes presque à la fin de notre registre (les données sont en analyse statistique) donc nous avons du recul pour analyser les points forts et les points faibles de notre pratique. Dans un registre, ce qui paraît réellement le plus difficile c’est la phase administrative qui nécessite beaucoup d’implication et de nombreuses relances. Il faut un secrétariat efficace et être aidé par une CRO, car non seulement il faut obtenir les accords des différentes administrations, mais aussi les relances auprès des DRCI des centres investigateurs. Ce premier point nécessite beaucoup d’acharnement, parfois même du harcèlement, surtout en cette période de COVID où les centres de recherche étaient plus préoccupés par des travaux sur le COVID que par un inotrope dans différents contextes.

Un autre point qui me paraît essentiel est de concevoir une base de données relativement restreinte, ne pas aller chercher de multiples datas que les centre auront du mal à remplir. Il faut trouver une bonne adéquation entre ce qui est faisable d’un point de vue renseignement par les médecins et d’autre part ce qu’on pourra exploiter par la suite. Il faut donc un e-CRF très facile à utiliser, rapide, et facile à exploiter par la suite sur le plan statistique.

Enfin, il ne faut pas hésiter à relancer très régulièrement et informer les centres investigateurs. Nous avions conçu des newsletters mensuelles dans lesquelles nous mettions l’avancée des investigations, avec des comparaisons entre les centres – une façon de stimuler dans un esprit de compétition – et une information sur le nombre de centres inclus. Et il ne faut pas hésiter à relancer sans arrêt lorsqu’on est à la phase des données manquantes : quand la base est terminée et les inclusions arrêtées, il y a environ 3 mois de récupération des données manquantes (les « queries ») où il faut énormément solliciter les centres car l’objectif est d’avoir le minimum de données manquantes. Nous sommes parvenus à zéro données manquantes, mais c’est au prix d’un harcèlement permanent des centres investigateurs, des TEC (techniciens d’études cliniques) et des ARC (attachés de recherche clinique) des centres.

C’est beaucoup de travail, mais c’est faisable et on peut inclure 600 patients comme cela.

 

Déclaration d’intérêts :
PM a reçu des honoraires de conseil scientifique de la part d’Orion Pharma